Text/Bio

 
Démarche / Statement
Mes dessins racontent une histoire imaginaire du corps, l’histoire de son « être au monde», de son mouvement de la naissance à la mort. A l’aide de symboles-clés (palmier fermé, montagne-tombe) le corps est montré dans une vision de la nature circulaire, à la fois comme contenant, lieu de passage de différents flux de vie (nutrition, gestation, sexualité, parole), mais aussi comme contenu, lui-même faisant partie du grand flux de la nature, de la naissance à la mort.
Dans ce schéma, la vie est montrée comme le mouvement de différents flux qui circulent d’un individu à un autre, d’un individu à un lieu, le corps devenant lui-même un « lieu » comme un autre.
L’image de la «montagne bleue» vient d’une vision hugolienne du mont blanc comme tombeau de l’humanité dans la veine naturaliste de l’imaginaire de la montagne: creuser le mont blanc et le remplir des dépouilles de l’humanité entière.
Dans mes dessins, cette montagne-urne devient le réceptacle d’un mouvement circulaire de vie et de mort. Elle est le lieu de passage de la mort à la résurrection, ou de la mort à la vie. Elle est le creuset ou se forment et se déforment les corps. 
Ce que je veux montrer c’est ce moment de transformation qu’est la mort ou l’homme et la terre ne font qu’un, où l’homme devient la montagne.
L’image de la montagne est ce lieu impossible qui représente à la fois le corps de l’homme (car il donne naissance) et le monde extérieur. Cette indistinction dans la philosophie grecque est le Chaos. Dans la série « montagne-plots», le flux, la vie sort d’une forme circulaire qui représente le chaos primitif.


My drawings tell an imaginary story of the body, a story of his being and its movement from his birth to his death. By means of symbols-keys (closed palm tree, mountain-grave) the body is shown in a circular vision of nature, both as a container and a contend: like a packaging, it is the stopping-off place of various flows of life (nutrition, gestation, sexuality), and contend at the same time, being part of the big flow of nature, from birth to death. This vision of nature show life and death as the circulation of various flows between individuals and the world they live in. The image of the ” blue mountain ” comes from a Victor Hugo’s romantic vision of the Mont Blanc: dug, the mountain could contain all the human corpse and would make a collective grave for mankind. In my drawings, this mountain-urn becomes the receptacle of a circular movement of life and death. It is the meeting point of life and death and the melting pot where the bodies form and deform itself.

What I want to show is this moment of the process when man and earth make only one, when the man becomes the mountain. The image of the mountain is this impossible place which represents at the same time human body and the outside world. This indistinction in the Greek philosophy is the Chaos. In the series “mountain-contacts”, the flow of life goes out of a circular shape which represents the primitive chaos.

 

Resume/CV

Prix : lauréate du concours Talent contemporains 2014 Fondation François Schneider.
Résidences :

2016 Résidence de création à la Comédie de Reims pour l’exposition « un site une oeuvre ».

2013 Résidence « le dessin contemporain dans tous ses états », communauté d’agglomération de St Quentin en Yvelines.
2012 Résidence « la Pyscyna », centre d’art contemporain, San Jose, Costa Rica,
en partenariat avec l’école des beaux-arts de l’UCR de San Jose.
Collaborations :
2015 Artwork de l’album 4 million d’Helved rum, label becoq, Reims, France.
2013 Capsule collection, Demeure store, Roubaix, France.
Expositions personnelles

2017: L’art au centre, Laval

2016 : Un site une oeuvre, Fugitive, Comédie de Reims, Reims, France.

2014 : Collaboration avec Demeure, boutique Demeure Roubaix.
2008: Dessins et Gravures, Galerie AAB, Paris.
Expositions Collectives
2016 : exposition des lauréats 2014 du prix talents contemporains, fondation Schneider, Wattwiller, France.
2015 : Salon Macparis, Paris.
2014 Les soirées dessinées, Salon DDessin, Paris.
2013 Dans le cadre de la résidence d’artistes « Le dessin contemporain dans tous ses états » :
« Intersection » Commanderie des Templiers de la Villedieu, Elancourt.
« De la ligne à l’espace » Ferme du mousseau, Elancourt.
« 4 mains », La mezzanine, Guyancourt.
2011
La diversité de l’estampe, Centre culturel des Lilas, Les Lilas.
Salon de l’estampe contemporaine Saint-Sulpice, Paris.
Artpage, Salon de l’estampe et du livre d’artiste, Octon, France.
2010
Galerie association pour l’estampe et pour l’art populaire, Calaveras, Paris.
Galerie B’art, Dessins, Gordes, France.
2009 Phyllis Stein Art gallery, Smorgasboard, Los angeles, USA.
2008 Eloge du dessin, La Halle Saint Pierre, Paris.
2007
The furious show, The Eyedrum gallery, Atlanta, USA.
The drawing show, The Art House, Calgary, Canada.
The contemporary portrait show, The Eyedrum gallery, Atlanta, USA.

Contact: cecile.carriere@gmail.com

 
 
 
Les fluides sont des songes matériels
 Guidant l’humanité auréolée de mystère, tout liquide est une flammèche qui devient sang et cycle, reliant le premier cri de l’homme, hors du ventre, à la mort, dans le tombeau de la montagne. Les dessins de Cécile Carrière, naissent de gestes amples et enveloppants associés à des coups de crayon vifs, venant recouvrir, former et déformer ce qui existe par-dessous comme au dessus. Née d’une image des Contemplations de Victor Hugo, les dessins de la série Barques ont permis à la jeune artiste de devenir en 2014 la lauréate du prix Talents contemporains, de la Fondation Schneider à Wattwiller. Sous les Barques, l’eau, bleue, rose ou grisâtre est cet élément qui tisse un lien entre les hommes, les poussant vers leur destin aveugle, rassemblés dans le temps suspendu de l’exil ou de la migration. Les êtres s’emmêlent, partagent dans l’embarcation de fortune les mêmes affects incertains. Si la série Barque peut rappeler les mouvements migratoires dans le contexte géopolitique actuel, les embarqués de Cécile Carrière tiennent de l’universalité du mythe. Palmiers, montagnes, traversées empruntent aux symboles bibliques, sans qu’aucune narration identifiable ne puisse s’y rattacher explicitement. Les figures dans leur oscillation fluide sont oniriques dans la mesure où elles disent quelque chose de nos angoisses collectives et inconscientes. Déformation, frustration, castration, dévoration, les têtes se coupent, les ventres gonflent, les fœtus se nourrissent de leur matrice. 

Maternité blanche, Maternité noire, Mama Mountain en témoignent, le travail de Cécile Carrière est éminemment féminin. Quelque chose de la génération s’y joue à répétition.  Glissement liquide, la cuisse devient ventre échevelé. Les visages aux regards évidés de leurs prunelles se transforment en bouches baveuses et chevelues. La mère tient l’enfant, ne détourne jamais le regard de son petit corps contorsionné et dépendant. On pense aux souffrances de Frida Kahlo, à la tendresse moelleuse de Paula Modersohn-Becker, à l’angoisse arachnéenne de Louise Bourgeois. Les dessins de Cécile Carrière mettent en scène le pouvoir de la mère, sa puissance fusionnelle à jamais renouvelée, entre les tracés appuyés et énergiques et les méandres aqueux de l’aquarelle. L’œuvre et la vie se confondent sans fausse pudeur, tandis que le corps féminin est poussé aux limites de sa chair bourgeonnante.

 

Renouveler le geste, ne pas s’abandonner au plaisir de matériaux connus, les séries 1 et 2, réalisées au cours de l’année 2017 marquent une évolution importante dans la pratique de Cécile Carrière, qui délaisse l’espace de la feuille de papier pour s’aventurer à l’acrylique sur des toiles de grands formats. Dans le passage du dessin vers la peinture, l’artiste a conservé les symboles de vie et de mort, le sentiment impérieux d’une temporalité cyclique, mais aussi le mouvement singulier qui caractérise son geste, comme la blancheur suspendue qui entoure les figures. Ainsi les corps, désormais tendus vers l’abstraction, respirent davantage, comme si la violence hallucinée d’autrefois, où les organes s’entremêlaient à foison, faisant voir leurs fragments par d’incessants jeux de transparence, s’estompaient, s’évaporaient, tentaient de se faire oublier de nos regards. Des visages réalisés au crayon, erratiques et évidés comme des masques funéraires, subsistent et jalonnent les masses colorées.

 

Florence Andoka